Chère Madame Klinkert,
Une majorité de sénateurs a adopté un amendement porté par Laurent Duplomb visant à réautoriser deux insecticides de la famille des néonicotinoïdes : l’acétamipride et le flupyradifurone. J’ai le sentiment que nos représentants persistent à prendre des décisions qui exposent inutilement notre santé, celle de nos enfants et notre environnement.
Ces deux substances sont des insecticides systémiques : elles sont absorbées par la plante et circulent dans ses tissus afin de la rendre toxique pour les insectes qui s’en nourrissent. Même l’Anses a rendu un avis défavorable à leur réautorisation.
Tout cela pour préserver certains rendements agricoles, notamment dans la filière betteravière, alors même que les effets d’une consommation excessive de sucre sur la santé publique sont largement documentés.
La pétition demandant le retrait de cette loi a recueilli plus de deux millions de signatures et a conduit à l’organisation d’un débat à l’Assemblée nationale. Au cours de celui-ci, votre collègue, la ministre de l’Agriculture, a évoqué des « robots » et des « algorithmes » pour expliquer l’ampleur de cette mobilisation.
En tant qu’électronicien, je connais bien les robots.
Les robots ne commettent pas d’erreurs de jugement. Lorsqu’ils dysfonctionnent, c’est parce qu’un être humain les a mal conçus, mal programmés ou mal paramétrés. Les humains, eux, peuvent se tromper, mais ils ont aussi la capacité de reconnaître leurs erreurs et de les corriger.
Lors du premier examen de ce texte à l’Assemblée nationale, vous avez voté en sa faveur. Il est encore temps de montrer que ce vote relevait d’une erreur d’appréciation et non d’un automatisme de robot. La commission mixte paritaire qui se réunira le 16 juillet aura un rôle décisif dans la suite de ce texte. Vous avez encore la possibilité de vous opposer à cette réautorisation.
Votre collègue sénateur du Haut-Rhin, Patricia Schillinger, a eu le courage de voter contre ce texte au Sénat. J’espère que vous ferez le même choix.
Mes enfants et moi comptons sur vous pour défendre leur santé, la biodiversité et une agriculture qui ne repose pas sur la réintroduction de substances aussi controversées.
Si vous souhaitez approfondir le sujet des pesticides et de leurs conséquences, je vous recommande vivement la lecture de Le Printemps silencieux de Rachel Carson. Publié aux États-Unis en 1962, cet ouvrage fondateur demeure d’une actualité saisissante. Il est disponible, dans une très belle édition illustrée, à la bibliothèque de Colmar.
En espérant que vous entendrez cet appel, je vous prie d’agréer, Madame Klinkert, l’expression de mes salutations distinguées.
Notes supplémentaire au blog:
- Il y a une pétition en cours sur le sujet initiée par Agir Pour l’Environnement ici.
